L'En Dehors


Quotidien anarchiste individualiste





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Le village individualiste ?
Depuis plus d'un demi-siècle, je me suis toujours intéressé à ce qu'on est convenu d'appeler colonies, milieux libres, réalisations de vie et de travail en commun, etc. Ce qui me poussait à cette attitude sympathique, c'est l'effort fait par un groupe d'hommes plus ou moins nombreux pour créer, au coeur d'une société régie par des lois et un conformisme s'appliquant aussi bien aux conscients qu'aux inconscients, des «oasis»au sein desquelles ils pourraient s'efforcer de réaliser leur idéal. Je me suis toujours rendu compte que ces oasis n'échappaient pas aux contraintes de l'environnement social, sauf exceptions privilégiées. Ce que j'aimais en leurs fondateurs, leurs initiateurs, leurs participants, c'est leur détermination à s'affranchir de cette contrainte, du moins à la réduire au minimum, à exister et à perdurer malgré les obstacles et les déconvenues. Quelles aient réussi ou qu'elles aient échoué – ces tentatives – qu'elles aient fondé leurs espoirs sur un idéal areligieux ou religieux n'a guère d'importance. Ce qui importait ou importe ce n'est point non plus leur durée, c'est leur RESISTANCE à tous les facteurs qui se liguaient pour les miner, les faire disparaître, amener leur dissolution, facteurs intérieurs et extérieurs.

Toutes ces réalisations se résument à des entreprises basées en définitive sur une conception économique de la vie . Pour résoudre le problème économique, c'est à dire parvenir à ce que la production des participants à de tels milieux suffise à leur consommation, des sacrifices individuels plus ou moins prononcés étaient et sont toujours indispensables. A parler franc, sauf en ce qui concerne les communautés sectaires, - et il faudrait examiner cela de très près, - l'existence des milieux de vie en communs n'a fourni aucune preuve qu'en marge de l'ensemble sociétaire, une agglomération, une «cité» pouvait s'édifier qui ne dût rien à cet ensemble, économiquement parlant. Au contraire, en fabriquant ou confectionnant des objets qu'ils écoulaient en dehors, sans se soucier si les acheteurs étaient des amis ou des ennemis - en recourant à des collectes, ou des emprunts, ou des subsides renouvelés et obtenus de camarades ou de sympathisants, ces associations démontraient qu'elles ne pouvaient se suffire à elles-mêmes. Ne nous a-t-on pas dévoilé dernièrement que, pour se procurer des fonds en Europe, les «icariens» de l'Amérique du Nord racontaient que leur entreprise bénéficiait d'une évidente prospérité alors qu'en réalité c'était la misère et les privations qui y régnaient. Je passe sous silence les recours aux tribunaux officiels, si décriés en théorie, ou a l'intervention brutale pour assurer le triomphe d'une partie des participants sur l'autre. Je ne dirai rien non plus des dissensions qui, au cours de l'expérience, engendraient des luttes «fratricides», par exemple le problème sexuel, l'envie toute simple, le désir d'une fraction de la communauté de se saisir du pouvoir. Ce serait trop facile d'insister.

Je ne blâme aucun animateur ou initiateur de l'un ou l'autre de ces essais. Je suis persuadé de leur bonne foi, même quand ils se trompaient. L'erreur n'est pas une preuve de mauvaise foi. Je n'entends pas diminuer d'un iota l'intérêt que je porte à ces expériences. Je veux simplement faire remarquer que sacrifiant tout au même dénominateur commun elles n'ont aucun rapport avec n'importe quelle «union» basée sur la «souveraineté de l'individu». Ne peut-on donc imaginer une formation reposant sur cette indépendance de l'individu et non sur la commune préoccupation de l'équilibre production-consommation ?


Entre individualistes à la façon de «l'Unique», la question sociale n'est pas objet d'une préoccupation autre que PERSONNELLE. Le problème économique ne sert en aucun cas de fondement à l'existence et au développement de l'amitié, ou de la camaraderie – ce qu'il ne faut pas confondre avec une solidarité ou une entr'aide librement proposée et acceptée – ou refusée. ( Je trouve très intéressant qu'on se soucie avant tout du social ou de l'économique, si l'on y trouve la satisfaction de ses aspirations, mais ici, concernant «l'Unique» et les «individualistes à sa façon», on se place à un autre point de vue ). Ceci étant exposé une fois de plus et la préoccupation majeure de CERTAINS «uniques»de «notre» monde étant de se retrouver, de vivre rapprochés les uns des autres sans rien sacrifier de leur autonomie individuelle, comment résoudre le problème ?

J'y ai fait allusion plusieurs fois au cours de nos rencontres à Paris. Il s'agirait, par exemple, de découvrir un terrain vacant – hors d'Europe au besoin – et d'y édifier des logis d'habitation, - maisons ou cabanes, chacun selon ses ressources – séparées absolument les unes des autres, chaque locataire isolé ou famille ne dépendant que de SOI; que certains de ces logis soient entourés d'un jardin, que d'autres l'ignorent – leur(s) occupant(s) travaillant ou oeuvrant hors du village – tout cela est possible. Le principe de ce rassemblement est que chacun vive chez soi, comme il l'entend, résolvant pour et par soi-même SA question économique, n'étant réuni aux autres habitants du groupement que par un ciment d'ordre éthique : c. à d. la communauté d'opinions, de conception de la vie individuelle, d'attitude à l'égard de l'environnement moutonnier et archiste. Liberté de solitude et liberté de fréquentation ! Liberté ou refus de concours, mais respect absolu de la personne d'autrui, de ce qui lui appartient en propre, de ce qui dépend de lui. Loyale exécution des conventions librement arrêtées. Voilà quelques-unes des fondations sur lesquelles pourrait reposer le fonctionnement, l'évolution d'un tel village, qui n'émettrait pas la prétention de servir d'exemple à qui que ce soit ou de préfigurer une quelconque société à venir, voire de résoudre la question sociale ! Le but poursuivi étant le rendez-vous permanent dans un lieu donné d'amis, de compagnons individualistes à la façon, dont à «l'Unique», on professe l'individualisme d' «uniques» rattachés les uns aux autres par une similitude d'opinions, une analogie de pensée, un même mépris de l'hypocrisie, du double jeu et des préjugés sociaux, moraux, intellectuels et autres qui font de l'ambiance sociale le séjour de la folie, l'asile de l'incohérence.

Il est évident que chacun des habitants de ce village devrait jouir de son INDEPENDANCE économique, principe d'une extrême importance qui réduit le nombre des adhérents à une telle entreprise, tellement qu'il semble dès l'abord plutôt convenir à des retraités débarrassés des soucis de la «matérielle». Cependant si l'on considère bien la question, on s'apercevra que des camarades en pleine force de l'âge et disposant des ressources voulues ou d'une occupation rémunératrice, pourraient se demander s'ils ne mèneraient pas une vie plus heureuse, plus ample, plus harmonieuse par rapport à soi, en se retrouvant avec des affinitaires d'idées et de sentiments, simplement et sans engagement d'un projet d'ordre économique quelconque.

Je livre cette proposition – je devrais dire cette imparfaite ébauche – pour ce qu'elle vaut, en faisant observer que les «colonies» à base économique n'ont jamais réuni après tout qu'un nombre restreint de membres, surtout dans nos régions. Mon âge ne me permet QUE de présenter une proposition que je crois susceptible de retenir l'attention. Mon dessin est, en face des milieux fondés sur la vie et le travail en commun ( que je ne critique nullement ), de poser une possibilité d'association, de rassemblement individualiste à base purement éthique – affinité d'esprit et de sentiment – où (étant donné les structures sociales actuelles ) l'économique ne jouerait aucun rôle.

Pour répondre à certaines questions, on ne voit pas pourquoi au sein d'un tel village, d'une telle cité, une salle de distractions, de réunions, un lieu de rencontre quelconque, une bibliothèque, voire une école, ne trouveraient pas leur place, dès lors que contribueraient à leur édification ceux-là SEULEMENT qui les estimeraient utiles, etc. Bref, ces lignes n'ont pour objet que de «lancer» une idée – ce qui peut tout aussi bien par la suite conduire à un résultat pratique que ne rencontrer qu'indifférence.


E. Armand

L'Unique avril-mai 1954 n°83-84

Ecrit par libertad, à 11:34 dans la rubrique "Pour comprendre".



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